Un ferry et un speedboat naviguent sur une mer tropicale avec l’horizon dégagé, suggérant un choix de traversée plus ou moins confortable.
Publié le 10 décembre 2024

Le mal de mer ne dépend pas de votre constitution mais de votre position par rapport au centre de gravité du navire et de la fréquence des vagues.

  • La zone la plus stable se situe au centre du bateau, au niveau de la ligne de flottaison, jamais à l’avant
  • Une houle de 0,2 Hz déclenche la nausée en moins de 12 minutes chez tous les sujets sensibles
  • Les bâches ne protègent pas contre l’infiltration par capillarité des embruns salés

Recommandation : Anticipez la traversée comme une manœuvre technique : consultez la hauteur significative des vagues (Hs), choisissez le ferry pour sa stabilité gyroscopique, et embarquez avec une stratégie de placement précise.

Le mal de mer n’est pas une faiblesse personnelle ni une question de volonté. C’est une réponse physiologique prévisible du système vestibulaire face à des stimulations mécaniques spécifiques. Pourtant, la plupart des guides réduisent cette réalité complexe à des platitudes rassurantes : « regardez l’horizon », « prenez un médicament avant de partir », ou « le gros bateau est forcément plus stable ».

Ces conseils, bien qu’intentionnés, ignorent la mécanique des fluides et la biologie de la cinétose. Ils oublient que la mer d’Andaman, bordée par les côtes thaïlandaises, connaît des phases de houle croisée particulièrement nauséogènes, et que la température de l’eau favorise des risques biologiques souvent sous-estimés lors des débarquements.

Ce guide adopte une perspective différente : celle du pont. Comprendre la traversée maritime non pas comme une simple commodité de transport, mais comme une opération technique où chaque détail — de la fréquence de raideau à la position exacte de votre siège — conditionne votre confort et votre sécurité. Au-delà des généralités, nous explorerons les données physiologiques des mouvements navals, les seuils critiques de la météo marine, et les protocoles d’embarquement qui transforment une épreuve redoutée en traversée maîtrisée.

Voici comment aborder la mer d’Andaman avec la méthode d’un officier de pont.

Pour naviguer efficacement entre ces îles tout en préservant votre équilibre vestibulaire, il est essentiel de maîtriser une série de paramètres techniques souvent ignorés des passagers. La suite de cet article détaille ces mécanismes un par un.

Où s’asseoir exactement sur le bateau pour minimiser le ressenti des vagues ?

Le choix de l’emplacement à bord obéit à des lois physiques immuables. Le centre de gravité d’un navire, situé approximativement au milieu de sa longueur et à sa ligne de flottaison, constitue le point de mouvement minimal. C’est là que les amplitudes de tangage (mouvement vertical de proue) et de roulis (inclinaison latérale) atteignent leur minimum absolu.

Les données médicales de bord confirment cette réalité mécanique : environ 25% des passagers de croisière souffrent de cinétose pendant les trois premiers jours, proportion qui grimpe jusqu’à 60% par mer agitée. Ces chiffres illustrent l’importance critique du placement pour les sujets sensibles.

Pour appliquer ce principe, privilégiez systématiquement le pont inférieur, au centre longitudinal du navire. L’air frais extérieur, s’il est disponible, aide à stabiliser le système vestibulaire, mais la position géométrique prime sur la ventilation. Fixez votre regard sur l’horizon lointain, référence visuelle stable qui réduit le conflit sensoriel entre l’oreille interne et la rétine. Gardez la tête immobile, dos droit, et évitez toute lecture ou écran qui immobiliserait votre champ visuel pendant que votre corps bouge.

Vue large d'un espace central d'un ferry près du niveau de l'eau, avec l'horizon visible par une ouverture latérale.

L’image ci-dessus illustre cette zone optimale : proche du niveau de l’eau, centrale, avec une vue dégagée sur l’horizon marin. C’est dans cet espace que les accélérations ressenties sont les plus faibles, réduisant significativement la stimulation du nerf vestibulaire.

Pourquoi les bâches des speedboats ne suffisent pas à garder votre valise au sec ?

L’erreur récurrente consiste à placer son bagage sous la bâche arrière du speedboat en considérant que cette protection est étanche. Or, les embruns en mer d’Andaman ne sont pas de simples gouttelettes : transportés par le vent relatif à 30 nœuds, ils frappent avec une énergie cinétique significative, capable de franchir les fermetures éclair et de s’infiltrer par capillarité dans les coutures.

Même les équipements électroniques certifiés IP68, normalement résistants jusqu’à 6 mètres de profondeur pendant 30 minutes, présentent des limites face à l’eau sous pression et aux courants rapides. L’assistance technique de fabricants majeurs déconseille explicitement l’exposition aux projections forcées d’eau salée.

« Après toute exposition à l’eau, qu’elle soit traitée ou salée, rincez soigneusement votre smartphone à l’eau claire ou déminéralisée. »

– Sandra Auboy, Le Parisien

Cette citation illustre l’agressivité particulière de l’eau de mer. Le sel cristallise dans les mécanismes, accélère la corrosion des contacts électriques et endommage les textiles. Une valise « protégée » sous bâche peut ainsi récupérer plusieurs centilitres d’eau salée par osmose au cours d’une traversée de deux heures.

Gros plan de gouttes d'eau salée et de cristaux de sel sur une fermeture éclair et des coutures de sac, suggérant une infiltration.

La solution réside dans l’utilisation de sacs étanches à fermeture « roll-top » (enroulée) plutôt que zipée, et dans la protection individuelle des objets sensibles dans des pochettes hermétiques secondaires. Ne faites jamais confiance à une bâche exposée au vent de traversée.

Drapeau rouge et houle : quand faut-il absolument refuser de monter dans un speedboat ?

Il existe un seuil météorologique où aucune compétence de navigation ne peut garantir un confort acceptable. Ce n’est pas une question de courage maritime, mais de physique ondulatoire. Lorsque la hauteur significative des vagues (Hs) dépasse 2 mètres, combinée à une période longue entre crêtes, l’énergie verticale transmise à une embarcation légère devient incompatible avec la tolérance humaine.

Les bulletins météorologiques thaïlandais rappellent que les vagues annoncées autour d’1 mètre peuvent dépasser 2 mètres en cas d’orage soudain. C’est précisément dans ces conditions que les accidents de mer deviennent probables, non par submersion, mais par choc de coque répété et perte de contrôle directionnelle.

Points de vigilance météo avant embarquement : lecture critique de la prévision

  1. Repérez la hauteur significative annoncée (Hs) plutôt que de juger « à l’œil » depuis la plage
  2. Vérifiez la période de la houle : plus elle est longue (supérieure à 6 secondes), plus l’énergie transmise est pénalisante pour le confort
  3. Lisez la direction de la houle et comparez-la au vent (risque de mer croisée qui amplifie le roulis)
  4. Croisez ces données avec la durée prévue de traversée pour évaluer votre dose d’exposition
  5. En cas d’incertitude (orages, variations rapides), considérez l’option ferry plus stable ou reportez à demain
Scène symbolique montrant une séparation entre mer calme et mer agitée, avec un petit bateau hésitant avant la zone de vagues.

Le drapeau rouge hissé sur le môle n’est pas une suggestion : il indique des conditions de mer dégradées interdisant la navigation de plaisance et limitant les déplacements commerciaux. Un capitaine digne de ce nom respecte ce signal. Si l’opérateur vous propose une traversée par conditions rouges, refusez poliment mais fermement. Le risque de traumatisme vertébral par impacts successifs ou de cinétose sévère ne vaut l’économie d’une journée.

L’erreur de s’asseoir à l’avant du speedboat qui peut vous tasser les vertèbres

L’avant d’un speedboat, souvent présenté comme « premium » pour sa vue dégagée, constitue en réalité la zone la plus dangereuse pour votre colonne vertébrale. Cette zone, appelée « trampoline » ou « proue », subit des accélérations verticales brutales lors des impacts avec les vagues, particulièrement en mer formée.

Les études en ingénierie navale démontrent que les déplacements rapides en engins planants à grande vitesse « provoquent de fortes vibrations et des chocs de coque » pouvant se transmettre directement au corps humain. Ces sollicitations mécaniques, répétées à haute fréquence, créent des phénomènes de compression discale équivalents à des micro-traumatismes.

Les déplacements rapides en engins planants à grande vitesse « provoquent de fortes vibrations et des chocs de coque » pouvant se transmettre au corps et augmenter les risques pour la santé et le confort.

– Fatemeh Roshan; Abbas Dashtimanesh; Pentti Kujala, Journal of Marine Science and Engineering

À l’avant, le passager subit un double mécanisme traumatisant : le « coup de lapin » vertical lorsque la coque heurte une vague, et le cisaillement horizontal lors des appuis latéraux en virage. Ces forces combinées peuvent provoquer des lombalgies aiguës, voire des hernies discales chez les sujets prédisposés. L’absence de suspension sur la plupart des sièges de speedboat accentue ce risque.

Privilégiez impérativement les places arrière, près du moteur, où l’amortissement est meilleur et où les mouvements de piqué sont atténués par la masse du groupe motopropulseur. Votre dos vous en saura gré, particulièrement sur les liaisons Phuket-Phi Phi ou Krabi-Lanta où la durée exposée aux chocs dépasse souvent l’heure.

Sandales ou pieds nus : comment gérer les arrivées « les pieds dans l’eau » sur la plage ?

Les débarquements sans infrastructure portuaire, dits « wet landing », constituent un moment de vulnérabilité biologique souvent sous-estimé. L’eau de la mer d’Andaman, chaude et saumâtre, abrite des bactéries potentiellement dangereuses pour les plaies ouvertes, notamment Vibrio vulnificus.

Les données sanitaires épidémiologiques montrent que environ 150 à 200 infections à Vibrio vulnificus sont rapportées annuellement aux États-Unis, avec une létalité d’environ une personne sur cinq. Cette bactérie, présente dans les eaux côtières tropicales, pénètre par les micro-lésions cutanées et peut provoquer une fasciite nécrosante fulminante.

Parallèlement, le substrat corallien des plages thaïlandaises regorge d’oursins diadèmes dont les épines cassent facilement sous la peau. La marche pieds nus sur roche vive ou sable compacté expose donc à deux risques simultanés : mécanique (piqûre) et microbiologique (infection secondaire).

La protection adéquate consiste en des chaussures d’eau en néoprène, fermées au talon, jamais en simples tongs qui glissent. En cas de piqûre d’oursin, il est impératif de ne pas gratter avec du sable, ni d’appliquer de garrot, mais de désinfecter et de surveiller l’évolution. Toute rougeur persistante au-delà de quelques heures nécessite une consultation médicale urgente.

Comment organiser un saut de puce d’île en île sans perdre une journée en attente de bateau ?

L’organisation d’un itinéraire insulaire multi-étapes exige une compréhension des contraintes logistiques maritimes. Contrairement aux bus réguliers, les liaisons inter-îles fonctionnent sur des fenêtres horaires fixes, souvent uniques par jour pour certaines destinations secondaires. Perdre un départ signifie parfois attendre 24 heures.

Le hub principal, Rassada Pier à Phuket, structure l’essentiel des départs vers les îles de l’archipel. Les fréquences varient radicalement selon la destination et le type d’embarcation :

Horaires typiques depuis Rassada Pier (Phuket) vers les principales destinations
Destination Type de service Départs typiques (aperçu) Durée estimée
Koh Phi Phi (Tonsai) Ferry 08:30, 11:00, 13:30, 15:00 ~2 h
Koh Phi Phi (Tonsai) Speedboat 08:30, 09:30, 10:30, 11:00, 12:30, 14:00, 15:30 ~1 h
Koh Lanta Speedboat 08:30, 12:30 ~1 h 30
Krabi (Ao Nang / Railay) Ferry (via correspondance) 08:30, 13:30 ~3 h

La stratégie optimale consiste à anticiper la correspondance suivante dès l’embarquement initial. Si vous devez rejoindre Koh Lanta depuis Phi Phi, notez que seuls deux départs quotidiens existent (08:30 et 12:30). Arriver à Phi Phi à 11:00 avec l’intention de repartir immédiatement pour Lanta est possible ; arriver à 13:00 signifie attendre le lendemain.

Prévoyez systématiquement un buffer de deux heures minimum entre votre arrivée théorique et le départ suivant, compte tenu des retards fréquents dus aux conditions de mer. Réservez vos billets à l’avance en haute saison (novembre-avril) où les capacités satisfont rarement la demande.

Speedboat ou Big Boat : lequel choisir si vous avez le mal de mer ?

La question du choix entre speedboat et ferry ne se résume pas à un arbitrage temps/confort. Elle relève de la fréquence des accélérations subies par votre système vestibulaire. Les recherches en physiologie de la navigation ont établi que le potentiel nauséogène atteint son maximum à une fréquence spécifique de mouvement.

Une étude expérimentale de référence démontre que à 0,2 Hz (soit un cycle toutes les 5 secondes), 12 sujets sur 12 ont atteint une nausée modérée, avec un temps moyen de 11,2 minutes seulement. Cette fréquence correspond exactement au rythme de houle rencontré en mer d’Andaman par brise de terre ou mer de vent.

Le speedboat, par sa masse réduite et sa vitesse élevée, oscille rapidement sur les vagues, générant des accélérations à haute fréquence (souvent supérieures à 0,4 Hz) mais d’amplitude modérée. Le ferry, plus lourd, présente des mouvements plus lents (proches de 0,2 Hz) mais d’amplitude plus grande. Or, c’est précisément la résonance avec la fréquence naturelle du système vestibulaire humain qui déclenche la cinétose.

Pour les sujets sensibles, le ferry peut paradoxalement être plus nauséogène que le speedboat par beau temps calme, car ses mouvements lourds cadencent exactement sur la fréquence critique. Cependant, par mer formée, le speedboat devient infernal par ses impacts brutaux et ses vibrations à haute fréquence.

En pratique, si vous êtes sujet au mal de mer, choisissez le ferry mais positionnez-vous impérativement au centre (comme vu précédemment), évitez les ponts supérieurs exposés au roulis amplifié, et privilégiez les traversées matinales où la mer est généralement plus plate. Le protocole comportemental reste identique : horizon fixe, tête stable, ventilation maximale.

À retenir

  • Privilégiez systématiquement le centre du bateau, au niveau de la ligne de flottaison, pour minimiser les accélérations verticales et latérales
  • Évitez l’avant des speedboats : vibrations dangereuses et risques de compression vertébrale par chocs répétés
  • Refusez d’embarquer si la houle dépasse 2 mètres ou en cas de drapeau rouge, quel que soit le type de bateau

Quel archipel choisir en Mer d’Andaman pour fuir le tourisme de masse ?

La saturation touristique des îles n’est pas une fatalité géographique mais une question de calendrier et de logistique. Les archipels les plus prisés, comme Similan ou Surin, connaissent des pics d’affluence qui dénaturent l’expérience, mais disposent aussi de mécanismes régulateurs stricts.

Le Département des Parcs Nationaux thaïlandais impose une fermeture saisonnière majeure : du 16 mai au 14 octobre, les activités touristiques cessent sur Similan et Surin pour permettre la restauration des écosystèmes marins. Cette fermeture de cinq mois structure l’affluence et limite l’érosion des sites.

À la réouverture, un quota strict limite l’accès à 3 850 visiteurs par jour sur l’ensemble de l’archipel des Similan. Cette contrainte, loin d’être un désagrément, constitue une garantie qualitative. Pour fuir la foule, il faut accepter la saisonnalité : visiter en début de saison (octobre-novembre) avant que les flux n’atteignent leur saturation, ou privilégier les îles secondaires comme Koh Yao Noi ou Koh Jum, desservies par des ferries moins fréquents et dépourvues d’infrastructures hôtelières massives.

L’authenticité d’une traversée en mer d’Andaman ne se mesure pas au nombre d’îles visitées, mais à la qualité de l’immersion. Choisir un archipel moins médiatisé, accepter des traversées plus longues en ferry lent, et respecter les cycles de fermeture naturels, voilà qui garantit une expérience marine préservée.

Pour finaliser votre choix d’archipel en toute connaissance des contraintes saisonnières, revoyez les critères d'évitement des surflux touristiques.

Évaluez dès maintenant votre tolérance cinétique et planifiez votre traversée en conséquence, car la mer d’Andaman récompense la préparation méthodique et pardonne rarement l’impréparation.

Rédigé par Julien Moreau, Expert en logistique de voyage et "slow travel", spécialiste des transports et de l'itinéraire malin en Asie. Il optimise les déplacements pour garantir confort, économies et expériences locales authentiques.